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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/328

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Ivanitch sur la nécessité d’installer sa fille à Moscou pour l’époque de sa délivrance, et elle appela son gendre pour lui parler de cette grave question. Rien ne froissait Levine autant que cette attente banale d’un événement aussi extraordinaire que la naissance d’un fils, car ce serait un fils. Il n’admettait pas que cet invraisemblable bonheur, entouré de tant de mystère pour lui, fût discuté comme un fait très ordinaire par ces femmes qui en comptaient l’échéance sur leurs doigts ; leurs entretiens, aussi bien que les objets de layette, le blessaient, et il détournait l’oreille comme autrefois quand il devait songer aux préparatifs de son mariage.

La princesse ne comprenait rien à ces impressions, et voyait dans cette indifférence apparente de l’étourderie et de l’insouciance ; aussi ne lui laissait-elle pas de repos ; elle venait de charger Serge Ivanitch de chercher un appartement, et tenait à ce que Constantin donnât son avis.

« Faites ce que bon vous semble, princesse, je n’y entends rien.

— Mais il faut décider l’époque à laquelle vous rentrerez à Moscou.

— Je l’ignore ; ce que je sais, c’est que des millions d’enfants naissent hors de Moscou.

— Dans ce cas…

— Kitty fera ce qu’elle voudra.

— Kitty ne doit pas entrer dans des détails qui pourraient l’effrayer ; rappelle-toi que Nathalie Galizine est morte en couches ce printemps, faute d’un bon accoucheur.