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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/319

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mille, ses relations prenaient une nuance d’hostilité.

— Je ne la donne pas parce que je ne saurais comment m’y prendre pour me déposséder, et qu’ayant une famille j’ai des devoirs envers elle, et ne me reconnais pas le droit de me dépouiller.

— Si tu considères cette inégalité comme une injustice, il est de ton devoir de la faire cesser.

— Je tâche d’y parvenir en ne faisant rien pour l’accroître.

— Quel paradoxe !

— Oui, cela sent le sophisme, ajouta Weslowsky. Hé, camarade, cria-t-il à un paysan qui entr’ouvrait la porte en la faisant crier sur ses gonds : vous ne dormez donc pas encore, vous autres ?

— Oh non, mais je vous croyais endormis ; puis-je entrer prendre un crochet dont j’ai besoin ? dit-il en montrant les chiens et se glissant dans la grange.

— Où dormirez-vous ?

— Nous gardons nos chevaux au pâturage.

— La belle nuit ! s’écria Vassinka, apercevant dans l’encadrement formé par la porte la maison et les voitures dételées, éclairées par la lune. D’où viennent ces voix de femmes ? »

— Ce sont les filles d’à côté.

— Allons nous promener, Oblonsky ; jamais nous ne pourrons dormir.

— Il fait si bon ici !

— J’irai seul, dit Vassinka se levant et se chaussant à la hâte. Au revoir, messieurs ; si je m’amuse, je vous appellerai. Vous avez été trop aimables à la chasse pour que je vous oublie.