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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/306

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obstiné, entendait encore ses hôtes chanter les nouvelles romances dans les allées du jardin. Kitty, l’ayant vainement interrogé sur la cause de sa mauvaise humeur, finit par lui demander en souriant si c’était Weslowsky qui en était la cause. Cette question le fit s’expliquer. Debout devant sa femme, les yeux brillants sous ses sourcils froncés, les mains serrées contre sa poitrine comme s’il eût voulu comprimer sa colère, la voix tremblante, il lui dit, d’un air qui eut été dur si sa physionomie n’avait exprimé une aussi vive souffrance : « Ne me crois pas jaloux, ce mot me révolte : pourrais-je tout à la fois croire en toi et être jaloux ? mais je suis blessé, humilié qu’on ose te regarder ainsi !

— Comment m’a-t-il donc regardée, — demanda Kitty, cherchant de bonne foi à se rappeler les moindres incidents de la soirée. Elle avait trouvé l’attitude de Vassinka, au souper, un peu familière, mais n’osa pas l’avouer. — Une femme dans mon état peut-elle être attrayante ?

— Tais-toi, s’écria Levine se prenant la tête à deux mains : tu pourrais donc, si tu te sentais séduisante…

— Mais non, Kostia, dit-elle, affligée de le voir ainsi souffrir, tu sais bien que personne n’existe pour moi en dehors de toi. Veux-tu que je m’enferme loin de tout le monde ? »

Après avoir été froissée de cette jalousie qui lui gâtait jusqu’aux distractions les plus innocentes, elle était prête à renoncer à tout pour le calmer.

« Tâche de comprendre le ridicule de ma situation : ce garçon est mon hôte, et en dehors de cette