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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/305

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« À demain la chasse, n’est-ce pas ? » demanda innocemment Vassinka, et il s’assit encore de travers sur une chaise, en repliant, selon son habitude, une de ses jambes sous lui.

Emporté par la jalousie, Levine se voyait déjà dans la situation d’un mari trompé, qu’une femme et son amant cherchent à exploiter dans l’intérêt de leurs plaisirs. Néanmoins il causa avec Weslowsky, le questionna sur son attirail de chasse, et lui promit d’un air affable d’organiser leur départ pour le lendemain. La vieille princesse vint mettre un terme aux tortures de son gendre en conseillant à Kitty d’aller se coucher ; mais, pour achever d’exaspérer Levine, Vassinka, souhaitant le bonsoir à la maîtresse de la maison, tenta de lui baiser la main.

« Ce n’est pas reçu chez nous », dit brusquement Kitty en retirant sa main.

Comment avait-elle donné le droit à ce jeune homme de se permettre de pareilles familiarités ? et comment pouvait-elle aussi maladroitement lui témoigner sa désapprobation ?

Oblonsky, mis en gaieté par quelques verres de bon vin, se sentait d’humeur poétique.

« Pourquoi vas-tu te coucher par ce temps splendide, Kitty ? vois la lune qui se lève, c’est l’heure des sérénades. Vassinka a une voix charmante, et a apporté deux nouvelles romances qu’il pourrait nous chanter avec Barbe Andrevna. »

Longtemps après que chacun se fut retiré, Levine, enfoncé dans un fauteuil et gardant un silence