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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/30

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effet que produisaient ses malheurs domestiques, parut chanceler. Il eut alors le courage de prendre une résolution hardie : au grand étonnement de la commission il déclara qu’il demandait l’autorisation d’aller étudier lui-même ces questions sur les lieux, et, l’autorisation lui ayant été accordée, il partit pour un gouvernement lointain.

Ce départ fit grand bruit, d’autant plus qu’il refusa officiellement les frais de déplacement fixés à douze chevaux de poste.

Alexis Alexandrovitch passa par Moscou et s’y arrêta trois jours.

Le lendemain de son arrivée, comme il venait de rendre visite au général gouverneur, il s’entendit héler, dans la rue des Gazettes, à l’endroit où se croisent en grand nombre les voitures de maîtres et les isvostchiks, et, se retournant à l’appel d’une voix gaie et sonore, il aperçut Stépane Arcadiévitch sur le trottoir. Vêtu d’un paletot à la dernière mode, le chapeau avançant sur son front brillant de jeunesse et de santé, il appelait avec une telle persistance, que Karénine dut s’arrêter. Dans la voiture, à la portière de laquelle Stépane Arcadiévitch s’appuyait, était une femme en chapeau de velours avec deux enfants ; elle faisait des gestes de la main en souriant amicalement. C’étaient Dolly et ses enfants.

Alexis Alexandrovitch ne comptait pas voir de monde à Moscou, le frère de sa femme moins que personne ; aussi voulut-il continuer son chemin après avoir salué ; mais Oblonsky fit signe au cocher d’arrêter et courut dans la neige jusqu’à la voiture.