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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/295

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toi ? demanda-t-elle avec un sourire ; elle savait que l’admiration exagérée de son mari pour Serge Ivanitch, et son découragement de lui-même, tenaient tout à la fois au sentiment excessif de son bonheur et à un désir incessant de devenir meilleur.

— Je suis trop heureux, je n’ai rien à souhaiter en ce monde, si ce n’est que tu ne fasses pas de faux pas, et quand je me compare à d’autres, à mon frère surtout, je sens toute mon infériorité.

— Mais ne penses-tu pas toujours à ton prochain, dans ton exploitation, dans ton livre ?

— Je le fais superficiellement, comme une tâche dont je cherche à me débarrasser. Ah ! si je pouvais aimer mon devoir comme je t’aime. C’est toi qui es la coupable !

— Voudrais-tu changer avec Serge ? ne plus aimer que ton devoir et le bien général ?

— Certes non. Au reste je suis trop heureux pour raisonner juste… Ainsi tu crois que la demande aura lieu aujourd’hui ? demanda-t-il après un moment de silence. Tiens, voilà le char à bancs qui nous rejoint.

— Kitty, tu n’es pas fatiguée ? cria la princesse.

— Pas le moins du monde, maman. »

La promenade se continua à pied.


CHAPITRE IV


Warinka parut très attrayante ce jour-là à Serge Ivanitch ; tout en marchant à ses côtés, il