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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/289

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— Tu oublies toujours ton état, Kitty ; il est imprudent de crier ainsi », interrompit la princesse, sortant précipitamment du salon. Warinka revint sur ses pas en entendant réprimander son amie ; elle était animée, émue et troublée ; Kitty l’embrassa et lui donna mentalement sa bénédiction.

« Je serais très heureuse si certaine chose arrivait, lui murmura-t-elle.

— Venez-vous avec nous ? demanda la jeune fille à Levine pour dissimuler son embarras.

— Oui, jusqu’aux granges ; j’ai de nouvelles charrettes à examiner. Et toi, où seras-tu ? demanda-t-il à sa femme.

— Sur la terrasse. »


CHAPITRE II


Sur cette terrasse où les dames se réunissaient volontiers après le dîner, on se livrait ce jour-là à une grave occupation. Outre la confection habituelle d’objets variés destinés à la layette, on y faisait des confitures d’après un procédé pratiqué chez les Cherbatzky, mais inconnu de la vieille Agathe Mikhaïlovna. Celle-ci, rouge, les cheveux en désordre, les manches relevées jusqu’au coude, tournait, de fort mauvaise humeur, la bassine à confitures, au-dessus d’un petit fourneau portatif, tout en faisant intérieurement des vœux pour que la framboise brûlât. La vieille princesse, auteur