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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/275

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« Et moi, je vous prie de m’expliquer pourquoi je ne dois pas sortir.

— Parce que cela peut vous attirer des… — il se troubla.

— Je ne comprends pas : Toushkewitch n’est pas compromettant, et la princesse n’est pas plus mal qu’une autre. Ah ! la voilà ! »


CHAPITRE XXXIII


Wronsky, pour la première fois de sa vie, éprouva un mécontentement voisin de la colère. Ce qui le contrariait surtout c’était de ne pouvoir s’expliquer ouvertement, de ne pouvoir dira à Anna qu’en paraissant dans cette toilette à l’Opéra, avec une personne comme la princesse, elle jetait le gant à l’opinion publique, se reconnaissait pour une femme perdue, et renonçait, par conséquent, à rentrer dans le monde.

« Comment ne le comprend-elle pas ? Qu’est-ce qui se passe en elle ? » se disait-il. Et, tandis que son estime pour le caractère d’Anna baissait, le sentiment de sa beauté grandissait.

Rentré dans son appartement, il s’assit tout soucieux auprès de Yavshine qui buvait un mélange d’eau de Seltz et de cognac, ses longues jambes étendues sur une chaise. Wronsky imita son exemple.

« Tu dis le cheval de Louskof ? c’est une belle bête que je te conseille d’acheter, commença Yav-