Ouvrir le menu principal

Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/273

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Je vous en serais très obligée, dit Anna ; mais ne voulez-vous pas dîner avec nous ? »

Wronsky haussa légèrement les épaules ; il ne comprenait rien à la manière d’agir d’Anna. Pourquoi avait-elle amené la vieille princesse, pourquoi gardait-elle Toushkewitch à dîner, et surtout pourquoi voulait-elle une loge ? Pouvait-elle, dans sa position, aller à l’Opéra un jour d’abonnement ? elle y rencontrerait le monde entier ! Il la regarda sérieusement, mais elle lui répondit par un regard moitié désolé, moitié railleur, dont il ne put saisir la signification. Pendant le dîner Anna fut très animée, et sembla faire des coquetteries tantôt à l’un, tantôt à l’autre de ses convives ; Toushkewitch alla chercher la loge en sortant de table, et Yavshine descendit fumer avec Wronsky ; au bout d’un certain temps celui-ci remonta, et trouva Anna en toilette de soie claire, corsage décolleté, avec des dentelles encadrant et faisant ressortir l’éclatante beauté de sa tête.

« Vous allez vraiment au théâtre ? lui dit-il, cherchant à ne pas la regarder.

— Pourquoi me le demandez-vous de cet air terrifié ? répondit-elle, froissée de ce qu’il ne la regardait pas. Je ne vois pas pourquoi je n’irais pas ! »

Elle semblait ne pas comprendre la signification des mots.

« Évidemment, il n’y a aucune raison pour cela, dit-il en fronçant les sourcils.

— C’est précisément ce que je dis, fit-elle, ne voulant rien entendre à l’ironie de cette réponse,