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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/266

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— Ma petite âme, mon chéri ! » balbutia Anna, et elle fondit en larmes comme un enfant.

En ce moment la porte s’ouvrit, et Wassili Loukitch entra ; on entendait déjà d’autres pas, et la bonne effrayée tendit à Anna son chapeau en lui disant tout bas : « Il vient ». Serge se laissa tomber sur son lit en sanglotant et se couvrant le visage de ses mains ; Anna les lui retira pour baiser encore ses joues baignées de larmes, et sortit d’un pas précipité. Alexis Alexandrovitch venait à sa rencontre ; il s’arrêta en la voyant et courba la tête.

Quoiqu’elle eût affirmé, une minute auparavant, qu’il était meilleur qu’elle, le regard rapide qu’elle jeta sur toute la personne de son mari ne réveilla en elle qu’un sentiment de haine, de mépris et de jalousie par rapport à son fils. Elle baissa rapidement son voile et sortit presque en courant.

Dans sa hâte, elle avait laissé dans la voiture les joujoux choisis la veille avec tant de tristesse et d’amour, et les rapporta à l’hôtel.


CHAPITRE XXXI


Anna, quoiqu’elle s’y fût préparée à l’avance, ne s’attendait pas aux violentes émotions que lui causa la vue de son fils ; revenue à l’hôtel, elle se demandait pourquoi elle était là. « Oui, tout est bien fini, je suis seule ! « se disait-elle ôtant son chapeau et se laissant tomber dans un fauteuil près de la cheminée. Et, regardant fixement une pendule posée entre