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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/257

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Toute la journée elle s’ingénia à imaginer d’autres moyens de joindre son fils, et se décida enfin au plus pénible de tous : écrire directement à son mari. Au moment où elle commençait sa lettre, on lui apporta la réponse de la comtesse Lydie. Elle s’était résignée au silence, mais l’animosité, l’ironie qu’elle lut entre les lignes de ce billet, la révoltèrent.

« Quelle cruauté ! quelle hypocrisie ! pensa-t-elle ; ils veulent me blesser et tourmenter l’enfant ! Je ne les laisserai pas faire ! elle est pire que moi : du moins, moi, je ne mens pas ! »

Aussitôt elle prit le parti d’aller le lendemain, anniversaire de la naissance de Serge, chez son mari ; d’y voir l’enfant en achetant les domestiques coûte que coûte, et de mettre un terme aux mensonges absurdes dont on le troublait.

Anna commença par courir acheter des joujoux et fit son plan : elle viendrait le matin de bonne heure, avant qu’Alexis Alexandrovitch fût levé ; elle aurait de l’argent tout prêt pour le suisse et le domestique, afin qu’on la laissât monter sans lever son voile, sous prétexte de poser sur le lit de Serge des cadeaux envoyés par son parrain. Quant à ce qu’elle dirait à son fils, elle avait beau y penser, elle ne pouvait rien préparer.

Le lendemain matin, vers huit heures, Anna descendit de voiture et sonna à la porte de son ancienne demeure.

« Va donc voir qui est là. On dirait une dame », dit Kapitonitch à son aide, un jeune garçon qu’Anna ne connaissait pas, en apercevant par la fenêtre une