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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/253

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J’imagine aisément le vilain effet que doit vous produire Pétersbourg après un voyage comme le vôtre. Et le divorce ? est-ce arrangé ? »

Cet enthousiasme tomba dès que Betsy apprit que le divorce n’était pas encore obtenu, et Wronsky s’en aperçut.

« Je sais bien qu’on me jettera la pierre, dit-elle, mais je viendrai voir Anna. Vous ne restez pas longtemps ? »

Elle vint, en effet, le jour même, mais elle avait changé de ton ; elle sembla insister sur son courage et la preuve de fidélité et d’amitié qu’elle donnait à Anna ; après avoir causé des nouvelles du jour, elle se leva au bout de dix minutes, et dit en partant :

« Vous ne n’avez toujours pas dit à quand le divorce ? Mettons que moi, je jette mon bonnet par-dessus les moulins, mais je vous préviens que d’autres n’en feront pas autant, et que vous trouverez des collets-montés qui vous battront froid… Et c’est si facile maintenant ! Ça se fait. Ainsi vous partez vendredi ? Je regrette que nous ne puissions nous voir d’ici là. »

Le ton de Betsy aurait pu édifier Wronsky sur l’accueil qui leur était réservé ; il voulut cependant faire encore une tentative dans sa famille. Il pensait bien que sa mère, si ravie d’Anna à leur première rencontre, serait inexorable pour celle qui venait de briser la carrière de son fils, mais Wronsky fondait les plus grandes espérances sur Waria, sa belle-sœur : celle-ci ne jetterait certes pas la pierre à