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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/244

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— Est-il content ?

— Comment ne pas être content d’une faveur de l’empereur ! N’est-ce pas une preuve qu’on l’a méritée », dit le vieux suisse gravement.

Serge réfléchit, tout en continuant à considérer le suisse, dont le visage lui était connu dans les moindres détails, le menton surtout, entre ses deux favoris gris, que personne n’avait jamais vu comme Serge de bas en haut.

« Eh bien ! et ta fille ? Y a-t-il longtemps qu’elle n’est venue ? »

La fille du suisse faisait partie du corps de ballet.

« Où trouverait-elle le temps de venir un jour ouvrable ? elles ont aussi leurs leçons, et vous les vôtres, monsieur. »

En rentrant dans sa chambre, Serge, au lieu de se mettre à ses devoirs, raconta à son précepteur toutes ses suppositions sur le cadeau qu’on lui avait apporté ; ce devait être une locomotive, « Qu’en pensez-vous ? » demanda-t-il ; mais Wassili Loukitch ne pensait qu’à la leçon de grammaire qui devait être préparée pour le professeur qu’on attendait à deux heures.

« Dites-moi seulement, Wassili Loukitch, demanda l’enfant assis à sa table de travail et tenant son livre entre ses mains, qu’y a-t-il au-dessus d’Alexandre Newsky. Vous savez que papa est décoré ? »

Le précepteur répondit qu’il y avait Wladimir.

« Et au-dessus ?

— Au-dessus de tout, Saint-André.