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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/212

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L’illusion ne dura pas. Après un sommeil pénible d’une demi-heure, le malade fut réveillé par une quinte de toux. Les espérances s’évanouirent aussitôt pour tous, pour le malade lui-même. Oubliant ce qu’il avait cru une heure avant, et honteux même de se le rappeler, il se fit apporter un flacon d’iode à respirer.

Levine le lui apporta, et son frère le regarda du même air passionné dont il avait regardé l’image, pour se faire confirmer les paroles du docteur, qui attribuait à l’iode des vertus miraculeuses.

« Kitty n’est pas là ? murmura-t-il de sa voix enrouée lorsque Levine eut, à contre-cœur, répété les paroles du médecin.

— Non ? alors je puis parler. — J’ai joué la comédie pour elle. — Elle est si gentille ! mais nous deux, ne pouvons nous tromper. Voilà en quoi j’ai foi », dit-il, serrant la fiole de ses mains osseuses et aspirant l’iode.

Vers huit heures du soir, pendant que Levine et sa femme prenaient le thé dans leur chambre, ils virent accourir Marie Nicolaevna tout essoufflée. Elle était pâle et ses lèvres tremblaient. « Il se meurt ! balbutia-t-elle. J’ai peur, il va mourir ! »

Tous deux coururent chez Nicolas ; il était assis, appuyé de côté sur son lit, la tête baissée, et son long dos ployé.

« Qu’éprouves-tu ? demanda Levine doucement, après un moment de silence.

— Je m’en vais ! murmura Nicolas, tirant à grand’peine les sons de sa poitrine, mais pro-