Ouvrir le menu principal

Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/209

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dit-elle en regardant son mari. — Tout peut arriver », ajouta-t-elle avec l’expression particulière, presque rusée, que prenait son visage en parlant de religion.

Jamais, depuis la conversation qu’ils avaient eue étant fiancés, ils ne s’étaient entretenus de questions religieuses, mais Kitty n’en continuait pas moins à aller à l’église et à prier avec la tranquille conviction de remplir un devoir ; malgré l’aveu que son mari s’était cru obligé de lui faire, elle le croyait fermement aussi bon chrétien, peut-être même meilleur, qu’elle ; il plaisantait, croyait-elle, en s’accusant du contraire, comme lorsqu’il la taquinait sur sa broderie anglaise :

« Les honnêtes gens font des reprises sur leurs trous, disait-il, et toi tu fais des trous par plaisir. »

« Oui, cette femme, Maria Nicolaevna, n’aurait jamais su le décider, dit Levine. Et je dois l’avouer, je suis bien heureux que tu sois venue ; tu as introduit un ordre, une propreté… »Il lui prit la main sans oser la baiser (n’était-ce pas une profanation que ce baiser presque en face de la mort ?), mais, regardant ses yeux brillants, il la lui serra d’un air contrit.

« Tu aurais trop souffert tout seul, dit-elle, cachant ses joues devenues rouges de satisfaction, en levant les bras pour rouler ses cheveux et les attacher sur le sommet de la tête. — Elle ne sait pas, tandis que, moi, j’ai appris bien des choses à Soden.

— Y a-t-il donc des malades comme lui là-bas ?

— Plus malades encore.