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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/208

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n’oublia pas de saupoudrer de poudre de Perse. Elle avait l’excitation et la rapidité de conception qu’éprouvent les hommes bien doués à la veille d’une bataille, ou d’une heure grave et décisive de leur vie lorsque l’occasion de montrer leur valeur se présente.

Minuit n’avait pas sonné que tout était proprement rangé et organisé ; leur chambre d’hôtel offrait l’aspect d’un appartement intime : près du lit de Kitty, sur une table couverte d’une serviette blanche, se dressait son miroir, avec ses brosses et ses peignes.

Levine trouvait impardonnable de manger, de dormir, même de parler ; chacun de ses mouvements lui paraissait inconvenant. Elle, au contraire, rangeait ses menus objets sans que son activité eût rien de blessant ni de gêné.

Ils ne purent manger cependant, et restèrent longtemps assis avant de se résoudre à se coucher.

« Je suis bien contente de l’avoir décidé à recevoir demain l’extrême-onction, dit Kitty en peignant ses cheveux parfumés devant son miroir de voyage, en camisole de nuit. Je n’ai jamais vu administrer, mais maman m’a raconté qu’on disait des prières pour demander la guérison.

— Crois-tu donc une guérison possible ? demanda Levine, regardant la raie de la petite tête ronde de Kitty disparaître dès qu’elle retirait le peigne.

— J’ai questionné le docteur ; il prétend qu’il ne peut vivre plus de trois jours. Mais qu’en savent-ils ? — Je suis contente de l’avoir décidé,