Ouvrir le menu principal

Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/207

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


que j’ai peur ; si je ne le regarde pas, il croira que mes pensées sont ailleurs. Marcher sur la pointe des pieds l’agacera, marcher librement semble brutal. »

Kitty ne pensait à rien de tout cela et n’en avait pas le temps ; uniquement occupée de son malade, elle paraissait avoir une idée nette de ce qu’il fallait faire, et elle réussissait dans ce qu’elle tentait.

Elle racontait des détails sur son mariage, sur elle-même, lui souriait, le plaignait, le caressait, lui citait des cas de guérison et le remontait ainsi ; d’où lui venaient ces lumières particulières ? Et Kitty, non plus qu’Agathe Mikhaïlovna, ne se contentait pas de soins physiques, ni d’actes purement matériels : toutes deux se préoccupaient d’une question plus haute : en parlant du vieux serviteur qui venait de mourir, Agathe Mikhaïlovna avait dit : « Dieu merci, il a communié et a été administré ; Dieu donne à tous une fin pareille ! » Kitty, de son côté, trouva moyen dès le premier jour de disposer son beau-frère à recevoir les sacrements, et cela au milieu de ses préoccupations de linge, de potions et de pansements.

Rentré dans sa chambre à la fin de la journée, Levine s’assit, la tête basse, confus, ne sachant que faire, incapable de songer à souper, à s’installer, à rien prévoir hors d’état même de parler à sa femme ; Kitty, au contraire, montrait une animation extraordinaire ; elle fit apporter à souper, défit elle-même les malles, aida à dresser les lits, qu’elle