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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/205

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« Tournez-moi du côté gauche maintenant, et allez tous dormir », murmura-t-il.

Kitty seule comprit ce qu’il disait, parce qu’elle pensait sans cesse à ce qui pouvait lui être utile.

« Tourne-le sur le côté, dit-elle à son mari, je ne puis le faire moi-même, et ne voudrais pas en charger le domestique. Pouvez-vous le soulever ? demanda-t-elle à Marie Nicolaevna.

— J’ai peur », répondit celle-ci.

Levine, quoique terrifié de soulever ce corps effrayant sous sa couverture, subit l’influence de sa femme, et passa ses bras autour du malade avec un air résolu que celle-ci lui connaissait bien. L’étrange pesanteur de ces membres épuisés le frappa. Tandis qu’à grand’peine il changeait son frère de place, Nicolas entourant son cou de ses bras décharnés, Kitty retourna vivement les oreillers, afin de mieux coucher le malade.

Celui-ci retint une main de son frère dans la sienne et l’attira vers lui ; le cœur manqua à Levine lorsqu’il le sentit la porter à ses lèvres pour la baiser. Il le laissa faire cependant, puis, secoué par les sanglots, sortit de la chambre sans pouvoir proférer un mot.


CHAPITRE XIX


« Il a découvert aux simples et aux enfants ce qu’il a caché aux sages », pensa Levine causant quelques moments après avec sa femme. — Ce n’est pas