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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/197

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vée. Elle n’avait pas changé depuis Moscou : c’était la même robe de laine, laissant à découvert son cou et ses bras, et la même expression de bonté sur son gros visage grêlé.

« Eh bien ? comment va-t-il ?

— Très mal. Il ne se lève plus, et vous attend toujours. Vous… vous êtes avec votre épouse ? »

Levine ne se douta pas tout d’abord de ce qui la rendait confuse, mais elle s’expliqua aussitôt :

« Je m’en irai à la cuisine ; il sera content, il se rappelle l’avoir vue à l’étranger. »

Levine comprit qu’il s’agissait de sa femme et ne sut que répondre.

« Allons, allons ! » dit-il.

Mais à peine avait-il fait un pas, que la porte de sa chambre s’ouvrit, et Kitty parut sur le seuil. Levine rougit de contrariété en voyant sa femme dans une aussi fausse position, mais Marie Nicolaevna rougit bien plus encore ; et, se serrant contre le mur, prête à pleurer, elle enveloppa ses mains rouges de son petit châle pour se donner une contenance.

Levine s’aperçut de l’expression de curiosité avide qui se peignit dans le regard jeté par Kitty sur cette femme incompréhensible pour elle, et presque terrible ; ce fut l’affaire d’une seconde.

« Eh bien, qu’y a-t-il ? demanda-t-elle à son mari.

— Nous ne pouvons rester à causer dans le couloir ! répondit Levine d’un ton irrité.