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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/193

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province où il avait obtenu une place ; là, s’étant querellé avec un de ses chefs, il avait repris le chemin de Moscou ; mais, tombé malade en route, il ne se relèverait probablement plus. « Il vous demande constamment, et d’ailleurs nous n’avons plus d’argent, » écrivait-elle.

« Lis donc ce que Dolly écrit de toi, — commença Kitty, mais, voyant la figure bouleversée de son mari, elle se tut. — Qu’y a-t-il, qu’arrive-t-il ?

— Elle m’écrit que Nicolas, mon frère, se meurt ; je vais partir. »

Kitty changea de visage : Dolly, Tania en marquise, tout était oublié.

« Quand donc partiras-tu ?

— Demain.

— Puis-je t’accompagner ? demanda-t-elle.

— Kitty, quelle idée ! répondit-il sur un ton de reproche.

— Comment quelle idée ? dit-elle froissée de voir sa proposition reçue de si mauvaise grâce. Pourquoi donc ne partirais-je pas avec toi ? je ne te gênerais en rien. Je…

— Je pars parce que mon frère se meurt, dit Levine. Qu’as-tu à faire là-bas… ?

— Ce que tu y feras toi-même. »

« Dans un montent si grave pour moi, elle ne songe qu’à l’ennui de rester seule », pensa Levine, et cette réflexion l’affligea.

« C’est impossible », répondit-il sévèrement.

Agathe Mikhaïlovna, voyant les choses se gâter,