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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/191

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indépendance d’homme, car on finirait par prendre de mauvaises habitudes… »

Un homme mécontent se défend difficilement de rejeter sur quelqu’un la cause de ce mécontentement. Aussi Levine songeait-il avec tristesse que, si la faute n’en était pas à sa femme (il ne pouvait l’accuser), c’était celle de son éducation. « Cet imbécile de Tcharsky par exemple, elle n’avait pas même su le tenir en respect. » En dehors de ses petits intérêts de ménage (ceux-là, elle les soignait), de sa toilette et de sa broderie anglaise, rien ne l’occupait. « Aucune sympathie pour mes travaux, pour l’exploitation ou pour les paysans, pas de goût même pour la lecture ou la musique, et cependant elle est bonne musicienne. Elle ne fait absolument rien et se trouve néanmoins très satisfaite. »

Levine, en la jugeant ainsi, ne comprenait pas que sa femme se préparait à une période d’activité qui l’obligerait à être tout à la fois femme, mère, maîtresse de maison, nourrice, institutrice ; il ne comprenait pas qu’elle s’accordât ces heures d’insouciance et d’amour, parce qu’un instinct secret l’avertissait de la tâche qui l’attendait, tandis que lentement elle apprêtait son nid pour l’avenir.


CHAPITRE XVI


Levine trouva, en remontant, sa femme assise devant son nouveau service à thé, lisant une lettre de Dolly, car elles entretenaient une correspondance