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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/185

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Elle se préparait avec joie à l’arrivée de Dolly avec ses enfants, aux gâteries qu’elle aurait pour les petits. Les détails du ménage l’attiraient invinciblement, et, comme en prévision des mauvais jours, elle faisait instinctivement son petit nid à l’approche du printemps. Ce zèle pour des bagatelles, très contraire à l’idéal de bonheur exalté rêvé par Levine, fut par certains côtés une désillusion, tandis que cette même activité, dont le but lui échappait, mais qu’il ne pouvait voir sans plaisir, lui semblait sous d’autres aspects un enchantement inattendu.

Les querelles furent aussi des surprises ! Jamais Levine ne se serait imaginé qu’entre sa femme et lui d’autres rapports que ceux de la douceur, du respect, de la tendresse, pussent exister ; et voici que dès les premiers jours ils se disputèrent ! Kitty déclara qu’il n’aimait que lui-même, et fondit en larmes avec des gestes désespérés.

La première de ces querelles survint à la suite d’une course que fit Levine à une nouvelle ferme ; il resta absent une demi-heure de plus qu’il n’avait dit, s’étant égaré en voulant rentrer par le plus court. Kitty occupait exclusivement sa pensée tandis qu’il approchait de la maison, et, tout en cheminant, il s’enflammait à l’idée de son bonheur, de sa tendresse pour sa femme. Il accourut au salon dans un état d’esprit analogue à celui qu’il avait éprouvé le jour de sa demande en mariage. Un visage sombre, qu’il ne connaissait pas, l’accueillit ; il voulut embrasser Kitty, elle le repoussa.

« Qu’as-tu ?