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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/161

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Wronsky en russe devant Golinitchef, qu’elle considérait déjà comme devant faire partie de leur intimité dans la solitude où ils vivaient.

— Est-ce que tu t’occupes de peinture ? demanda celui-ci, se tournant avec vivacité vers Wronsky.

— J’en ai beaucoup fait autrefois, et m’y suis un peu remis maintenant, répondit Wronsky en rougissant.

— Il a un véritable talent, s’écria Anna railleuse ; je ne suis pas bon juge, mais je le sais par des connaisseurs sérieux. »


CHAPITRE VIII


Cette première période de délivrance morale et de retour à la santé fut pour Anna une époque de joie exubérante ; l’idée du mal dont elle était cause ne parvint pas à empoisonner son ivresse. Ne devait-elle pas à ce malheur un bonheur assez grand pour effacer tout remords ? Aussi n’y arrêtait-elle pas sa pensée. Les événements qui avaient suivi sa maladie, depuis sa réconciliation avec Alexis Alexandrovitch jusqu’à son départ de la maison conjugale, lui paraissaient un cauchemar maladif, dont son voyage, seule avec Wronsky, l’avait délivrée. Pourquoi revenir sur ce terrible souvenir ? « Après tout, se disait-elle, et ce raisonnement lui donnait un certain calme de conscience, le tort que j’ai causé à cet homme était fatal, inévitable, mais du moins je ne profiterai pas de son malheur. Puisque je le fais