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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/140

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L’archidiacre, afin de prouver qu’il perdait un temps précieux, faisait de temps en temps trembler les vitres en toussant avec impatience ; les chantres ennuyés essayaient leurs voix dans le chœur ; le prêtre envoyait sacristains et diacres s’informer de l’arrivée du cortège, et apparaissait lui-même à une des portes latérales, en soutane lilas avec une ceinture brodée. Enfin une dame ayant consulté sa montre dit à sa voisine : « Cela devient étrange ! » Et aussitôt tous les invités exprimèrent leur étonnement et leur mécontentement. Un des garçons d’honneur alla aux nouvelles.

Pendant ce temps, Kitty en robe blanche, long voile et couronne de fleurs d’oranger, attendait vainement au salon, en compagnie de sa sœur Lwof et de sa mère assise[1], que le garçon d’honneur vint l’avertir de l’arrivée de son fiancé.

De son côté, Levine en pantalon noir, mais sans gilet ni habit, se promenait de long en large dans sa chambre d’hôtel, ouvrant la porte à chaque instant pour regarder dans le corridor, puis rentrait désespéré et s’adressait avec des gestes désolés à Stépane Arcadiévitch, qui fumait tranquillement.

« A-t-on jamais vu homme dans une situation plus absurde ?

— C’est vrai, confirmait Stépane Arcadiévitch avec son sourire calme. Mais, sois tranquille, on l’apportera tout de suite.

— Oui-da ! disait Levine contenant sa rage à

  1. La personne chargée de remplacer sa mère.