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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/131

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Levine rentra heureux ce jour-là à l’idée de se voir délivré d’une situation fausse sans avoir été obligé de mentir. Il emporta d’ailleurs du petit discours de ce bon vieillard l’impression vague qu’au lieu d’absurdités il avait entendu des choses valant la peine d’être approfondies.

« Pas maintenant naturellement, pensa-t-il, mais plus tard. » Levine sentait vivement en ce moment qu’il avait dans l’âme des régions troubles et obscures ; en ce qui concernait la religion surtout, il était exactement dans le cas de Swiagesky et de quelques autres, dont les incohérences d’opinions le frappaient désagréablement.

La soirée que Levine passa auprès de sa fiancée chez Dolly fut très gaie ; il se compara, en causant avec Stépane Arcadiévitch, à un chien qu’on dresserait à sauter au travers d’un cerceau, et qui, heureux d’avoir enfin compris sa leçon, voudrait, dans sa joie, sauter sur la table et la fenêtre en agitant la queue.


CHAPITRE II


La princesse et Dolly observaient strictement les usages établis : aussi ne permirent-elles pas à Levine de voir sa fiancée le jour du mariage ; il dîna à son hôtel avec trois célibataires réunis chez lui par le hasard : c’étaient Katavasof, un ancien camarade de l’Université, maintenant professeur de sciences naturelles, que Levine avait rencontré et emmené dîner ; Tchirikof, son garçon d’honneur,