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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/121

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Tu es bien belle ! Un vrai petit garçon ! Mais comme tu es pâle !

— Oui, je suis encore très faible, répondit-elle en souriant ; et ses lèvres se reprirent à trembler.

— Nous irons en Italie, tu te rétabliras.

— Est-il possible que nous puissions être comme mari et femme, seuls, à nous deux ? dit-elle en le regardant dans les yeux.

— Je ne suis étonné que d’une chose, c’est que cela n’ait pas toujours été.

— Stiva dit qu’il consent à tout, mais je n’accepte pas sa générosité, dit-elle, regardant d’un air pensif par-dessus la tête de Wronsky. Je ne veux pas du divorce, je n’y tiens plus. Je me demande seulement ce qu’il décidera par rapport à Serge. »

Comment dans ce premier moment de leur rapprochement pouvait-elle penser à son fils et au divorce ? Wronsky n’y comprenait rien.

« Ne parle pas de cela, n’y pense pas, – dit-il, tournant et retournant la main d’Anna dans la sienne pour ramener son attention vers lui ; mais elle ne le regardait toujours pas.

— Ah ! pourquoi ne suis-je pas morte, cela valait bien mieux ! » dit-elle, et des larmes inondaient son visage ; elle essaya pourtant de sourire pour ne pas l’affliger.

Autrefois Wronsky aurait cru impossible de se soustraire à la flatteuse et périlleuse mission de Tashkend, mais maintenant, sans hésitation aucune, il la refusa ; puis, ayant remarqué que ce refus