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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/118

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sieurs jours entre la vie et la mort. Quand pour la première fois il se trouva en état de parler, sa belle-sœur, Waria, était dans sa chambre.

« Waria ! lui dit-il en la regardant sérieusement, je me suis blessé involontairement. Dis-le à tout le monde ; sinon ce serait trop ridicule ! »

Waria se pencha vers lui sans répondre, examinant son visage avec un sourire de bonheur ; les yeux du blessé n’étaient plus fiévreux, mais leur expression était sévère.

« Dieu merci ! répondit-elle, tu ne souffres pas ?

— Un peu de ce côté-ci, dit-il en indiquant sa poitrine.

— Permets-moi alors de changer ton pansement. »

Il la regarda faire, et quand elle eut fini :

« Tu sais, dit-il, que je n’ai plus le délire ; fais en sorte, je t’en supplie, qu’on ne dise pas que je me suis tiré un coup de pistolet avec intention.

— Personne ne le dit. J’espère cependant que tu renonceras à tirer sur toi accidentellement ? dit-elle avec son sourire interrogateur.

— Probablement, mais mieux aurait valu… »

Et il sourit d’un air sombre.

Malgré ces paroles, Wronsky, lorsqu’il fut hors de danger, eut le sentiment qu’il s’était délivré d’une partie de ses souffrances. Il s’était, en quelque sorte, lavé de sa honte et de son humiliation ; désormais il pourrait penser avec calme à Alexis Alexandrovitch, reconnaître sa grandeur d’âme sans en être écrasé. Il pouvait, en outre, reprendre son existence habituelle,