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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/117

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encore ta robe, pensait Alexis Alexandrovitch. — Oui, oui ! cria-t-il d’une voix presque perçante, je prends la honte sur moi, je renonce même à mon fils… mais ne vaudrait-il pas mieux laisser tout cela ? Au reste, fais ce que tu veux. »

Et, se détournant de son beau-frère pour n’être pas vu de lui, il s’assit près de la fenêtre. Il était humilié, honteux, et cependant heureux de se sentir moralement au-dessus de toute humiliation.

Stépane Arcadiévitch, touché, se taisait.

« Alexis Alexandrovitch, crois bien qu’elle appréciera ta générosité. Telle était sans doute la volonté de Dieu », ajouta-t-il. Puis, sentant aussitôt qu’il disait là une sottise, il retint avec peine un sourire.

Alexis Alexandrovitch voulut répondre ; des larmes l’en empêchèrent.

Lorsque Oblonsky quitta le cabinet de son beau-frère, il était sincèrement ému, ce qui ne l’empêchait pas d’être enchanté d’avoir arrangé cette affaire : à cette satisfaction se joignait l’idée d’un calembour qu’il comptait faire à sa femme et à ses amis intimes.

« Quelle différence y a-t-il entre moi et un feld-maréchal ? ou quelle ressemblance y a-t-il entre un feld-maréchal et moi ? Je chercherai cela, pensa-t-il en souriant. »


CHAPITRE XXIII


La blessure de Wronsky était dangereuse, quoiqu’elle n’eût pas atteint le cœur ; il fut pendant plu-