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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/115

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le parti le plus sensé lorsque deux époux se trouvent dans la situation où vous êtes. Que faire lorsque la vie commune devient intolérable ? et cela peut souvent arriver… »

Alexis Alexandrovitch soupira profondément et se couvrit les yeux.

« Il n’y a qu’une seule chose à prendre en considération, celle de savoir si l’un des deux époux veut se remarier ? Sinon c’est fort simple », continua Stépane Arcadiévitch de plus en plus délivré de sa contrainte.

Alexis Alexandrovitch, la figure bouleversée par l’émotion, murmura quelques paroles inintelligibles. Ce qui semblait si simple à Oblonsky, il l’avait tourné et retourné mille fois dans sa pensée, et, au lieu de le trouver simple, il le jugeait impossible. Maintenant que les conditions du divorce lui étaient connues, sa dignité personnelle, autant que le respect de la religion, lui défendaient d’assumer l’odieux d’un adultère fictif, et encore plus de vouer au déshonneur une femme aimée, à laquelle il avait pardonné.

Et d’ailleurs, que deviendrait leur fils ? le laisser à la mère était impossible ; cette mère divorcée aurait une nouvelle famille dans laquelle la position de l’enfant serait intolérable. Quelle éducation recevrait-il ? Le garder, c’était un acte de vengeance qui lui répugnait. Mais, avant tout, ce qui rendait le divorce inadmissible à ses yeux, c’était l’idée qu’en y consentant il contribuerait à la perte d’Anna : les paroles de Dolly, à Moscou, lui restaient gravées