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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/113

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quelque pénible qu’il me soit de le reconnaître, je le constate, et je sens qu’il ne saurait en être autrement. Je ne vous fais aucun reproche. Dieu m’est témoin que pendant votre maladie j’ai résolu d’oublier le passé et de commencer une nouvelle vie. Je ne me repens pas, je ne me repentirai jamais de ce que j’ai fait alors ; c’était votre salut, le salut de votre âme que je souhaitais ; je n’ai pas réussi. Dites-moi vous-même ce qui vous rendra le repos et le bonheur, et je me soumets à l’avance au sentiment de justice qui vous guidera. »

Oblonsky rendit la lettre à son beau-frère et continua à le considérer avec perplexité, sans trouver un mot à dire. Ce silence était si pénible que les lèvres de Stépane Arcadiévitch en tremblaient convulsivement tandis qu’il regardait fixement Karénine.

« Je vous comprends, finit-il par balbutier.

— Que veut-elle ? c’est ce que je souhaiterais savoir.

— Je crains qu’elle ne s’en rende pas compte. Elle n’est pas juge dans la question, dit Stépane Arcadiévitch, cherchant à se remettre. Elle est écrasée, littéralement écrasée, par ta grandeur d’âme ; si elle lit ta lettre, elle sera incapable d’y répondre et ne pourra que courber encore plus la tête.

— Mais alors que faire ? Comment s’expliquer ? Comment connaître ses désirs ?

— Si tu me permets de t’exprimer mon avis, c’est à toi à indiquer nettement les mesures que tu