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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/112

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seil. Karénine, les bras derrière le dos, marchait de long en large dans la chambre, réfléchissant aux mêmes questions que sa femme et son beau-frère.

« Je ne te gêne pas ? – demanda Stépane Arcadiévitch, subitement troublé à la vue de Karénine ; et, pour dissimuler ce trouble, il sortit de sa poche, un porte-cigarettes nouvellement acheté, le flaira et en sortit une cigarette.

— Non. As-tu besoin de quelque chose ? demanda Alexis Alexandrovitch sans empressement.

— Oui… je désirais… je voulais… oui, je voulais causer avec toi », dit Stépane Arcadiévitch étonné de se sentir intimidé.

Ce sentiment lui sembla si étrange, si inattendu, qu’il n’y reconnut pas la voix de la conscience lui déconseillant une mauvaise action ; et, dominant cette impression, il dit en rougissant :

« J’avais l’intention de te parler de ma sœur et de votre situation à tous deux. »

Alexis Alexandrovitch sourit avec tristesse, regarda son beau-frère, et, sans lui répondre, s’approcha de la table, où il prit une lettre commencée qu’il lui tendit.

« Je ne cesse d’y songer. Voici ce que j’ai essayé de lui dire, pensant que je m’exprimerais mieux par écrit, car ma présence la rend irritable », dit-il en lui donnant la lettre.

Stépane Arcadiévitch prit le papier et regarda avec étonnement les yeux ternes de son beau-frère fixés sur lui, puis il lut :

« Je sais combien ma présence vous est à charge ;