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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/108

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une commisération sympathique. C’est pourquoi je suis à Pétersbourg.

— La ville entière ne parle que de cela, dit-elle ; cette situation est intolérable. Elle dessèche à vue d’œil. Il ne comprend pas que c’est une de ces femmes dont les sentiments ne peuvent être traités légèrement. De deux choses l’une, ou bien il doit l’emmener et agir énergiquement ; ou bien il doit divorcer. Mais l’état actuel la tue.

— Oui… oui… précisément, soupira Oblonsky. Je suis venu pour cela, c’est-à-dire pas tout à fait. Je viens d’être nommé chambellan, et il faut remercier qui de droit ; mais l’essentiel est d’arranger cette affaire.

— Que Dieu vous y aide ! » dit Betsy.

Stépane Arcadiévitch reconduisit la princesse jusqu’au vestibule, lui baisa encore la main au-dessus du gant, au poignet, et après lui avoir décoché une plaisanterie dont elle prit le parti de rire, afin de ne pas être obligée de se fâcher, il la quitta pour aller voir sa sœur. Anna était en larmes. Stépane Arcadiévitch, malgré sa brillante humeur, passa tout naturellement de la gaieté la plus exubérante au ton d’attendrissement poétique qui convenait à la disposition d’esprit de sa sœur. Il lui demanda comment elle se portait et comment elle avait passé la journée.

« Très mal, très mal ! le soir comme le matin, le passé comme l’avenir, tout va mal, répondit-elle.

— Tu vois les choses en noir. Il faut reprendre courage, regarder la vie en face. C’est difficile, je le sais, mais…