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meilleure société s’y pressait, et Ivan Ilitch dansa avec la princesse Troufonov, sœur de la fondatrice bien connue de la Société : « Emporte mon chagrin ».

L’exercice de sa charge lui procurait des satisfactions d’amour-propre ; la fréquentation de la bonne société lui donnait celles de la vanité, mais ses vraies joies, il les devait aux cartes. Il avouait que quelque ennui qu’il pût avoir, il goûtait une joie suprême, à s’attabler avec de bons joueurs et des partenaires sérieux devant un whist à quatre, exactement à quatre (à cinq c’est beaucoup moins amusant, quoiqu’on le dise, par politesse), à jouer un jeu serré et intelligent (quand on est en veine), à souper ensuite et boire un verre de vin. Après le whist, surtout quand il s’en tirait avec un petit gain (trop gagner est désagréable), Ivan Ilitch se mettait au lit dans une disposition d’humeur particulièrement heureuse.

C’est ainsi qu’ils vivaient. Leur société était des mieux choisies : des personnages importants et des jeunes gens venaient chez eux.

Le père, la mère, la fille étaient tout à fait d’accord sur le choix de leurs relations, et tous trois, sans se donner le mot, s’entendaient pour éloigner d’eux tous les parents et les amis pauvres qui, pleins d’empressement et de tendresse, venaient les voir dans leur salon orné de poteries japonaises. Bientôt ces petites gens cessèrent de venir ;