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les propositions : qu’il ne faut pas se dépraver avant le mariage, qu’il ne faut pas empêcher artificiellement la conception des enfants, ni faire d’eux un jouet, et qu’il ne faut pas placer l’union amoureuse au-dessus de tout le reste. En un mot, personne ne contredit que la chasteté est préférable à la dépravation, Mais, dit-on : « Si le célibat est préférable au mariage, alors il est évident que les hommes doivent agir pour le mieux, et le genre humain périra. Or l’idéal du genre humain ne peut être la destruction de soi-même. »

Mais sans aller jusqu’à dire que la destruction du genre humain n’est pas une conception nouvelle pour nous, qu’elle est, pour les hommes religieux, un dogme de la foi, et pour les hommes de science, le résultat inévitable des observations sur le refroidissement du soleil, dans cette objection il y a un grave malentendu très ancien et très répandu.

On dit : « Si les hommes atteignaient l’idéal de la chasteté absolue, ils disparaîtraient ; donc cet idéal est impossible. » Mais ceux qui parlent ainsi, consciemment ou inconsciemment, confondent deux choses différentes : la règle-prescription et l’idéal.

La chasteté n’est pas la règle ou la prescription, mais l’idéal, ou plutôt une de ses conditions.

Or l’idéal n’est tel qu’autant que sa réalisation n’est possible qu’en idée, à l’infini, et que, par