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même basé sur l’amour sexuel, est placé comme le but poétique le plus élevé des aspirations de l’homme, ce dont témoignent l’art et la poésie de notre époque, les jeunes gens consacrent le meilleur temps de leur vie : les hommes, au guet et à la prise des meilleurs objets de l’amour sous forme de liaison amoureuse ou de mariage, et les femmes et les jeunes filles à séduire les hommes et les tenir captifs soit dans une liaison soit dans le mariage. Ainsi les meilleures forces des hommes sont employées à un travail non seulement inutile, mais nuisible. De là viennent en grande partie : le luxe fou de notre vie, l’oisiveté des hommes et l’effronterie des femmes, qui ne manquent pas de montrer — selon la mode empruntée aux femmes dépravées — les parties du corps qui excitent la sensualité.

Et je crois que ce n’est pas bien.

Ce n’est pas bien parce que l’amour, comme on l’entend, dans le mariage ou hors du mariage, si poétisé soit-il, est un but indigne de l’homme, de même qu’est indigne de lui le but — que beaucoup se représentent comme le bien suprême — d’acquérir pour soi une nourriture sucrée et abondante.

La conclusion c’est qu’il faut cesser de penser que l’amour charnel est quelque chose de sublime et comprendre que le but digne de l’homme, — que ce soit le service de l’humanité, de la patrie,