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argent, est donc chose tout a fait naturelle qui, par conséquent, doit être encouragée. Cette conviction est à tel point ferme et répandue que certains parents, sur le conseil des médecins, organisent la débauche pour leurs enfants ; et les gouvernements, dont l’unique raison d’être est de s’occuper du bien moral des citoyens, établissent la débauche, c’est-à-dire réglementent toute une classe de femmes, destinées à périr corps et âme pour satisfaire les besoins imaginaires des hommes. Et les célibataires, la conscience tout à fait tranquille, s’adonnent à la débauche.

Et je voulais dire que c’est mal. Car il n’est pas possible que pour la santé des uns on doive perdre le corps et l’âme des autres ; de même qu’il est impossible que pour la santé des uns il faille boire le sang des autres.

La conclusion qui me semble se dégager naturellement de cela, c’est qu’il ne faut pas céder à cette erreur et à cette tromperie. Pour n’y pas céder, il faut, premièrement : ne pas croire aux doctrines immorales, fussent-elles soutenues par n’importe quelle science imaginaire. Secondement, il faut comprendre que la pratique des relations sexuelles dans lesquelles les hommes ou s’affranchissent des conséquences possibles — les enfants — ou mettent tout le fardeau de ces conséquences sur la femme, ou préviennent la possibilité de la naissance des enfants, est un crime