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odeur lourde d’iodoforme emplissait la chambre. Ce qui me frappa d’abord et plus que tout, ce fut son visage enflé et bleui sur une partie du nez et sous les yeux. C’était la suite du coup de coude que je lui avais lancé quand elle avait voulu me retenir. De beauté, il ne restait plus aucune trace. Quelque chose de hideux m’apparut en elle. Je m’arrêtai sur le seuil.

« — Approche-toi d’elle, approche-toi », me dit sa sœur.

« Oui, elle doit probablement se repentir, il faut lui pardonner », pensai-je. « Oui, elle meurt, il faut lui pardonner », ajoutai-je désirant être généreux. J’approchai jusqu’au bord du lit. Avec difficulté elle leva sur moi ses yeux dont l’un était tuméfié et prononça avec peine, en hésitant :

« — Tu es arrivé à ce que tu voulais ! Tu m’as tuée ». Et sur son visage, à travers les souffrances physiques, malgré l’approche de la mort, parut la même vieille haine que je connaissais si bien. — « Les enfants… je ne te les donnerai pas… tout de même… Elle (sa sœur) les prendra… »

Mais ce qui était pour moi l’essentiel, sa faute, sa trahison, on eut dit qu’elle ne croyait pas même nécessaire d’y faire allusion. — « Oui, jouis de ton œuvre ! » Et elle sanglota.

Sa sœur se tenait à la porte avec les enfants.

« — Oui, voilà ce que tu as fait ! »

Je jetai un regard sur les enfants, puis sur son