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criante semblait aux autres la chose la plus naturelle. Son père même ne se croyait pas obligé de lui venir en aide. Il se sentit abandonné de tous ceux qui semblaient croire qu’une situation de trois mille cinq cents roubles d’appointements était normale et même brillante. Au contraire, en pensant à toutes les injustices dont il était victime, aux scènes éternelles avec sa femme, aux dettes qu’entraînait une vie trop large, il trouvait, lui, que sa situation était loin d’être normale.

Pour faire des économies, l’été il prit un congé, et alla vivre avec sa famille à la campagne, chez le frère de sa femme.

Là, dans l’oisiveté, Ivan Ilitch, pour la première fois, ressentit non seulement de l’ennui, mais une angoisse intolérable ; il décida qu’on ne pouvait continuer à vivre de la sorte et que des mesures énergiques s’imposaient.

Après une nuit d’insomnie, qu’il passa à se promener sur la terrasse, il résolut de se rendre à Pétersbourg, de faire des démarches et, pour punir ceux qui n’avaient pas su l’apprécier, de passer dans un autre ministère.

Le jour suivant, malgré les objections de sa femme et de son beau-frère, il partit pour Pétersbourg.

En partant il avait seulement l’intention d’obtenir une place de cinq mille roubles. Les fonctions qu’il aurait à remplir au ministère lui importaient