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glaces et raconter le dernier potin ? Ces choses-là, on ne peut les jouer que dans certaines circonstances importantes, graves, dans des cas seulement où il faut provoquer certaines actions correspondantes à cette musique. Mais il est forcément dangereux de provoquer une énergie de sentiment qui ne correspond ni au temps, ni au lieu, et qui ne trouve pas à s’employer. Sur moi, du moins, ce morceau agit d’une facon effroyable. Il me semble que de nouveaux sentiments, de nouveaux concepts que j’ignorais jusqu’alors se font jour en moi. « Ah ! oui, c’est comme ça… Pas du tout comme je vivais et pensais auparavant… Voilà comme il faut vivre », me disais-je en mon âme. Qu’était ce nouveau que j’apprenais ainsi, je ne m’en rendais pas compte, mais la conscience de cet état nouveau me rendait joyeux. C’étaient les mêmes figures, entre autres ma femme et lui, mais je les voyais sous un autre jour.

Après ce presto, ils exécutèrent l’andante bien beau, mais ordinaire, pas très neuf, aux variations banales, et le finale tout à fait faible. Ensuite, à la prière des invités, ils jouèrent encore une élégie d’Ernst, puis, différents autres morceaux. Tout cela était bien mais ne produisait pas sur moi le centième de l’impression du début. Tout cela se passait déjà sur le fond de la première impression.

Pendant toute la soirée, je me sentis léger, gai. Quant à ma femme, jamais je ne la vis telle : ces