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acquièrent à Paris et qui, dans sa particularité, dans sa nouveauté, agit toujours sur les femmes. Dans les manières une gaîté extérieure, factice. Vous savez, cette manière de parler de tout par allusions, par sous-entendus, comme si tout ce qu’on raconte vous le saviez déjà, vous vous le rappeliez et pouviez suppléer aux sous-entendus.

Eh bien, c’est celui-là, avec sa musique, qui fut cause de tout. Au procès l’affaire fut présentée comme si tout était arrivé par jalousie. C’est faux ; c’est-à-dire, non, pas tout à fait faux, mais il y avait encore autre chose. Finalement on décida que j’étais un mari trompé, que j’avais tué pour défendre mon honneur souillé (comme ils disent dans leur jargon). C’est ainsi que je fus acquitté. Je tâchai d’expliquer l’affaire à mon point de vue, mais on en conclut que je voulais réhabiliter la mémoire de ma femme.

Quelles qu’aient été ses relations avec le musicien, elles n’ont eu de sens ni pour moi ni pour elle ; l’important est ce que je vous ai raconté, c’est-à-dire ma turpitude. Tout est arrivé parce qu’entre nous il y avait cet abîme immense dont je vous ai parlé, cette effroyable tension d’une haine réciproque où le moindre motif suffisait pour faire éclater la crise. Nos discussions, dans les derniers temps, c’était quelque chose de terrible et d’autant plus étonnantes qu’elles étaient suivies d’une passion bestiale des plus exacerbées.