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occupations, nous sentions moins ce que la vie commune avait de pénible.

D’abord les premiers temps nous avions une très bonne occupation : l’installation de la nouvelle demeure, et aussi le déménagement de la ville à la campagne et de la campagne à la ville.

Nous passâmes ainsi un hiver. L’hiver suivant survint un incident qui resta inaperçu, qui semblait une circonstance sans aucune gravité mais qui fut la cause de tout ce qui arriva.

Ma femme se trouva souffrante ; les médecins ne lui permirent pas de concevoir un nouvel enfant et lui en enseignèrent le moyen. J’en ressentis un dégoût profond. Je fis tout ce que je pus pour la détourner de cette décision, mais avec légèreté et opiniâtreté, elle insista, et je cédai. La dernière justification de notre vie de cochons, les enfants, fut par là supprimée et la vie devint encore plus ignoble.

Le paysan, l’ouvrier ont besoin d’enfants, bien qu’il leur soit difficile de les nourrir, et ainsi leurs relations sexuelles ont une justification. Mais à nous, qui avons des enfants, les enfants ne sont pas nécessaires. C’est un tracas superflu, des dépenses, des cohéritiers ; c’est un embarras. Aussi n’avons-nous pas d’excuses pour notre vie de cochons. Ou nous nous débarrassons des enfants artificiellement, ou nous les regardons comme un malheur, comme la conséquence d’une imprudence ce qui est encore