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mort de l’enfant, par la crainte seule de la possibilité de cette maladie et de cette mort. Ayant pesé les avantages et les désavantages, elles trouvent que ceux-ci l’emportent et, par conséquent, qu’il est peu enviable d’avoir des enfants. Elles le disent tout franchement, s’imaginant que ces sentiments proviennent de leur amour maternel, qu’ils sont bons, louables, et qu’elles en peuvent être fières. Elles ne remarquent pas qu’en raisonnant ainsi, elles nient tout simplement l’amour et n’affirment que leur égoïsme. Elles trouvent que l’enfant donne moins de plaisirs que de souffrance à cause des craintes qu’on a pour lui. C’est pourquoi il ne faut pas avoir d’enfant qu’elles aimeraient. Elles sacrifîent non leur propre personne pour un être aimé, mais elles sacrifient pour elles-mêmes, un être qu’elles auraient à aimer.

Il est clair que ce n’est pas de l’amour mais de l’égoïsme. Cependant aucune voix ne s’élève pour condamner ces mères de famille aisées à cause de leur égoïsme, à la pensée de tout ce qu’elles souffrent lors de la maladie des enfants, grâce encore aux mêmes médecins. Quand je me rappelle, même maintenant, la vie et l’état d’esprit de ma femme les premiers temps avec trois ou quatre enfants qui l’absorhaient toute, l’horreur me saisit ! Ce n’était pas une vie, c’était un danger perpétuel, le salut de ce danger, un nouveau danger, et, de nou-