Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/309

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Je vois que vous n’aimez pas les médecins, dis-je, ayant remarqué l’intonation particulièrement méchante de sa voix, chaque fois qu’il parlait d’eux.

— Il ne s’agit pas de les aimer ou de ne pas les aimer. Ils ont perdu ma vie, comme ils ont perdu celle de milliers et de centaines de milliers d’êtres avant moi, et je ne puis point ne pas lier la conséquence à la cause. Je comprends qu’ils veuillent, comme les avocats et les autres, gagner de l’argent, je leur aurais donné volontiers la moitié de mes revenus, et chacun agirait de même si l’on comprenait ce qu’ils font ; chacun le ferait pour qu’ils ne s’immiscent pas à la vie conjugale et se tiennent à distance. Je n’ai pas fait de statistiques, mais je connais des dizaines de cas, et en réalité ils sont innombrables, où ils ont tué tantôt un enfant dans le sein de sa mère, affirmant que la mère ne pourrait accoucher, plus tard elle accouchait très bien, tantôt des mères, sous prétexte de quelque opération. Personne n’a compté ces assassinats, comme on n’a pas compté les assassinats de l’Inquisition, parce qu’on supposait qu’ils avaient pour but le bonheur de l’humanité. Les crimes des médecins sont innombrables, mais tous ces crimes ne sont rien comparés à cette démoralisation qu’ils introduisent dans le monde par les femmes.

Encore je ne parle pas de ceci : que si l’on voulait