Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/305

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


teux. Actuellement qu’arrive-t-il ? On abolit la forme extérieure de l’esclavage, on supprime les actes de vente des esclaves et on s’imagine, on se persuade, que l’esclavage est aboli. On ne veut pas voir qu’il existe toujours, puisque les gens, comme auparavant, aiment à profiter du labeur des autres et croient cela bon et juste. Dans ces conditions, il se trouvera toujours des êtres plus forts ou plus rusés que les autres pour en profiter. La même chose se passe avec l’émancipation de la femme. Au fond, l’esclavage féminin consiste uniquement en ce que les hommes désirent jouir de la femme comme moyen de plaisir et trouvent cela bien. On émancipe la femme, on lui donne toute espèce de droits égaux à ceux de l’homme, mais on continue à l’envisager comme un objet de volupté ; on l’élève ainsi depuis son enfance, et l’on dirige dans ce sens l’opinion publique. Elle est toujours la serve humiliée et corrompue, et l’homme reste toujours le maître débauché.

On émancipe la femme dans les cours publics, dans les Parlements, mais on l’envisage toujours comme un objet de volupté. Apprenez-lui, comme on le fait chez nous, à se considérer comme telle, et elle restera toujours un être inférieur ; ou, avec l’aide de médecins canailles, elle cherchera à prévenir la conception de l’enfant et sera une vraie prostituée descendue non au degré de la bête mais à l’état d’objet, où elle sera ce qu’elle est dans la