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étais fier ; non seulement sans penser à la vie intellectuelle de ma femme, mais même sans penser à sa vie physique. Je m’étonnais de notre hostilité, et, pourtant, comme c’était clair : cette hostilité n’était autre chose qu’une protestation de la nature humaine contre la bête qui l’asservissait.

Je m’étonnais de notre haine mutuelle, et il n’en pouvait être autrement. Cette haine n’était rien d’autre que la haine des complices pour l’excitation et la participation dans le crime. Car c’était un crime que notre liaison de cochons continuât toujours lorsque cette pauvre femme fut devenue enceinte le premier mois.

Vous pensez que je m’écarte de mon récit ? Du tout ! Je vous raconte toujours comment j’ai tué ma femme. On m’a demandé au tribunal avec quoi, comment j’ai tué ma femme ? Les imbéciles ! Ils croient que j’ai tué ma femme avec un couteau, le 5 octobre. Ce n’est pas alors que je l’ai tuée. C’est longtemps avant, comme eux tous tuent à présent…

— Mais comment cela ? demandai-je.

— Voici ce qui est étonnant, que personne ne veut savoir ce qui est si clair et si évident, que les médecins devraient connaître et répandre, mais qu’ils taisent. C’est quelque chose de terriblement simple. L’homme et la femme sont créés comme les animaux, de telle sorte qu’après l’amour charnel, la femme devient enceinte, puis allaite ; durant