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loi et n’aurait plus lieu d’être. Mais tant que l’Humanité existe, elle a devant elle un idéal, et cet idéal ne peut être celui du lapin ou du cochon : se multiplier le plus possible ; ni celui des singes ou des Parisiens : jouir de la façon la plus raffinée des plaisirs de la passion sexuelle. Son idéal est celui du bien atteint par l’abstinence et la pureté. C’est à cet idéal que l’homme aspire et aspira toujours. Et voyez la conséquence. Il en résulte que l’amour sexuel est une soupape de sûreté. Si la génération existante de l’Humanité n’a pas atteint le but, c’est parce qu’elle nourrit des passions et la passion la plus forte, l’amour sexuel. Mais s’il y a la passion sexuelle, il y aura une nouvelle génération, et par suite la possibilité d’atteindre le but avec la génération suivante, et ainsi de suite jusqu’à ce que le but soit atteint, que la prophétie soit réalisée et que les hommes s’unissent. Autrement qu’y aurait-il ? Si l’on admet que Dieu a créé les hommes pour atteindre un certain but, il les aurait créés ou mortels, sans la passion sexuelle ou éternels. S’ils étaient mortels, sans la passion sexuelle, qu’en résulterait-il ? Il en résulterait qu’ils auraient vécu et seraient morts sans atteindre le but, et, pour atteindre le but, Dieu aurait dû créer des hommes nouveaux. S’ils étaient éternels, et admettons qu’après plusieurs millions d’années ils eussent atteint le but, alors pourquoi existeraient-ils ? Où faudrait-il les mettre ? Le