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paru croire qu’il y avait à cela je ne sais quel mérite et quelle bravoure. Bref, on n’y voyait rien que de bon. Le danger d’une maladie ? Ça, c’est prévu ; le gouvernement protecteur en prend soin. Il veille au fonctionnement régulier des maisons de tolérance, il assure l’hygiène de la débauche pour les collégiens ; des médecins rétribués exercent la surveillance. C’est très bien : ils affirment que la débauche est utile à la santé et instituent une prostitution réglementée. Je connais des mères qui prennent soin, à cet égard, de la santé de leurs fils. Et la science même les envoie aux maisons de tolérance.

— Pourquoi donc la science ? demandai-je.

— Que sont donc les médecins ? Les pontifes de la science. Qui pervertit les jeunes gens en affirmant que c’est nécessaire pour la santé ? Eux. Et ensuite, avec une gravité particulière, ils soignent la syphilis.

— Mais pourquoi ne pas la soigner ?

— Parce que, si un centième des efforts employés à la guérison de la syphilis était apporté à la destruction de la débauche, la syphilis n’existerait plus. Maintenant, au contraire, tous les efforts sont employés non pas à extirper la débauche, mais à la favoriser en assurant l’innocuité des suites. D’ailleurs il ne s’agit pas de cela. Il s’agit de ce que, à moi, comme aux neuf-dixièmes, sinon plus, des hommes de notre classe, et même de toutes les