Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/219

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Les amis entrèrent chez Jules. Celui-ci appela sa femme et lui confia l’enfant, puis il introduisit Pamphile dans son luxueux cabinet de travail, éloigné des autres pièces de la maison.

— Ici, tu pourras causer à ton aise, personne n’entendra rien, dit Jules.

— Oh ! je n’ai pas peur qu’on m’entende, au contraire, et précisément ma demande est celle-ci : que les chrétiens arrêtés ne soient pas exécutés avant qu’on ne leur ait permis de faire une profession de foi publique.

Pamphile se mit alors à raconter comment les chrétiens, qui avaient été privés de la liberté par les autorités, avaient prévenu de leur arrestation les membres de leur commune. Le vieux Cyrille, au courant des relations amicales qui existaient entre Pamphile et Jules, l’avait chargé de venir présenter la requête des chrétiens incarcérés. Les prisonniers ne demandaient point à être graciés. Ils croyaient avoir pour mission dans ce monde de témoigner leur foi dans la vérité de l’enseignement du Christ. Ce témoignage ils pouvaient l’offrir par toute leur vie, ou par le même martyre que Christ. L’un ou l’autre leur était indifférent, et la mort physique, inévitable, ne les effrayait point ; ils étaient aussi prêts à l’accepter maintenant que dans une cinquantaine d’années, mais ils désiraient que leur vie fût profitable aux autres ; c’est pourquoi ils avaient chargé Pamphile d’intercéder