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christianisme. Jules avait entendu parler des mesures employées contre les chrétiens, mais il ne pensait pas qu’elles s’appliquaient à la commune dans laquelle vivait Pamphile, et il ne s’inquiétait point de son ami. Mais un jour, comme il traversait la place pour aller à ses affaires, un homme âgé, mal vêtu, s’approcha vivement de lui. D’abord il ne le reconnut pas. C’était Pamphile. Il tenait un enfant à la main.

— Bonjour ami, lui dit-il. J"ai une demande très importante à t’adresser, mais à cause de cette persécution si cruelle que subissent les chrétiens, je ne sais pas si tu voudras me reconnaître comme un ami, si tu ne craindras pas de perdre ta situation, en te commettant avec moi.

— Je ne crains personne, répondit Jules, et pour te le prouver, je t’invite à venir chez moi. Je remettrai même tout travail afin de pouvoir causer avec toi et te rendre service si je le puis. Viens avec moi. À qui cet enfant ?

— C’est mon fils.

— Du reste je n’aurais pas dû te le demander. Je reconnais en lui ton visage, et, à ces yeux bleus, je n’ai pas besoin de te demander qui est ta femme. C’est cette belle jeune fille avec laquelle je t’ai rencontré il y a quelques années.

— Tu as deviné, répondit Pamphile. Peu de temps après notre dernière rencontre, elle est devenue ma femme.