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fléchies, et vis suivant ce que te dicte la raison, surtout à présent que des devoirs si nobles, si importants, si urgents, t’incombent. Il y a pour toi une question d’honneur à les remplir. Tu es arrivé au terme de ta seconde période de doute, et maintenant, si tu veux marcher en avant, le doute disparaîtra. Ton devoir le plus urgent c’est l’éducation de tes enfants, que tu as négligés jusqu’à présent. Ton devoir envers eux c’est d’en faire des serviteurs dignes de la patrie. L’État t’a conféré tout ce que tu possèdes, et maintenant, tu dois, en retour, donner à l’État des citoyens dignes, tes enfants ; et par cela, en même temps, tu feras leur bonheur. Ton autre devoir c’est de servir la société. L’échec de quelques-uns de tes projets t’a dépité, désenchanté, cela n’est qu’un accident passager ; rien ne se donne sans lutte et sans effort, et il n’est de joie que dans la victoire durement gagnée. Recommence ta vie avec la conscience du devoir, et tous tes doutes s’évanouiront car ils ne sont que les symptômes et les résultats de ton état maladif. Remplis tes obligations envers l’État en le servant fidèlement et en préparant tes enfants à le servir. Fais-les indépendants pour qu’ils puissent te remplacer et alors adonne-toi tranquillement à la vie qui t’intéresse ; mais jusque-là tu n’en as pas le droit, et si même tu t’y adonnais tu n’y trouveras que souffrance.